La flambée des prix du kérosène, en hausse de 100 % à 150 % selon certaines estimations, fragilise en profondeur l’écosystème aéroportuaire de Roissy-Charles-de-Gaulle.
Premier aéroport français et deuxième d’Europe, Roissy-CDG est au cœur d’une crise énergétique qui menace la viabilité de nombreuses liaisons aériennes. Les compagnies aériennes, dont Air France, Corsair et Transavia, répercutent ces surcoûts sur les passagers via des surcharges carburant et des hausses tarifaires.
Dans ce contexte tendu, la situation financière des acteurs du secteur se détériore rapidement, compliquant les perspectives à moyen terme.
Du simple au double : la flambée du kérosène bouleverse l’économie des compagnies aériennes
La brutale montée des prix du carburant aéronautique redistribue les cartes dans le secteur du transport aérien.
Ce qui représentait un quart des coûts d’exploitation des compagnies représente désormais près de la moitié de leurs charges, transformant radicalement l’équation économique de chaque vol au départ de Roissy-CDG.
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De 25 % à 45 % des coûts d’exploitation : le kérosène devient le premier poste de charge des compagnies
Selon le PDG de Corsair, le kérosène est passé de 25 % à près de 45 % des coûts d’exploitation des compagnies aériennes.
Cette progression vertigineuse, de l’ordre de +100 % à +150 % des prix du carburant aéronautique, remet en cause la rentabilité de nombreuses lignes, en particulier les long-courriers qui consomment les volumes les plus importants.
Pour les compagnies opérant depuis Roissy-CDG, ce surcoût structurel impose une révision urgente de leurs modèles économiques.
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100 € de surcharge sur le long-courrier : Air France, Corsair et Transavia répercutent la facture sur les passagers
Face à l’explosion de leurs charges carburant, les compagnies n’ont d’autre choix que de répercuter une partie de ces coûts sur leurs clients.
Air France a augmenté ses tarifs de 50 € en classe économique, tandis que Transavia applique désormais une surcharge carburant sur ses vols moyen-courriers. Sur les liaisons long-courriers, la surcharge atteint jusqu’à 100 € par billet, une addition non négligeable pour les voyageurs.
Ces hausses tarifaires, bien qu’elles ne couvrent pas entièrement le différentiel de coût, sont devenues inévitables pour limiter les pertes.
Risque de pénurie et vulnérabilité du secteur : les menaces qui pèsent sur Roissy-CDG
Au-delà de la seule hausse des prix, c’est la disponibilité même du carburant qui préoccupe les acteurs du secteur.
Les tensions géopolitiques mondiales font planer un risque de pénurie pour la saison estivale, tandis que les compagnies à bas coûts et les aéroports régionaux apparaissent comme les maillons les plus vulnérables de la chaîne.
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Tensions géopolitiques et risque de pénurie estivale : Roissy mieux armé que d’autres aéroports
Les tensions sur l’approvisionnement en kérosène, liées à des facteurs géopolitiques internationaux, font craindre une pénurie pour l’été 2026, période de pic de trafic aérien.
Si Roissy-CDG et l’aéroport d’Orly semblent mieux lotis que d’autres aéroports grâce à leur taille et à la diversification de leurs sources d’approvisionnement, le risque ne peut être totalement écarté.
Une perturbation de l’approvisionnement pendant les vacances d’été aurait des conséquences considérables sur des millions de passagers et sur l’économie touristique nationale.
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Low-cost et aéroports régionaux en première ligne : une menace sur la diversité de l’offre aérienne française
Les compagnies à bas coûts (low-cost) sont particulièrement exposées à cette crise, leur modèle économique reposant sur une compression maximale des charges dont le carburant est le premier poste.
La réduction de la rentabilité des lignes les pousse à supprimer ou réduire certaines dessertes, ce qui menace la diversité de l’offre aérienne.
Les aéroports régionaux, qui dépendent largement des low-cost pour leur trafic, sont également en première ligne face à ce risque de désengagement des compagnies aériennes.
Réservations résilientes mais finances fragiles : l’avenir incertain du transport aérien à Roissy
Paradoxalement, la demande des passagers ne s’effondre pas malgré la hausse des tarifs.
Les réservations pour les vacances d’été semblent résister, mais ce maintien de la demande ne suffit pas à compenser la détérioration rapide des finances des acteurs du secteur, dont les perspectives à moyen terme s’assombrissent.
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Des réservations estivales qui résistent : la demande des passagers tient malgré la hausse des prix
Malgré un contexte tarifaire en nette dégradation pour les voyageurs, les réservations pour les vacances d’été 2026 semblent jusqu’à présent résister.
Ce maintien de la demande s’explique par la priorité que les ménages accordent à leurs projets de voyages post-pandémie, mais aussi par le fait que les alternatives au transport aérien restent limitées pour les dessertes intercontinentales.
Ce signal positif pour les compagnies ne doit cependant pas masquer la fragilité structurelle dans laquelle elles opèrent.
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Des finances qui se détériorent rapidement : les défis à moyen terme pour l’écosystème de Roissy-CDG
Si la demande résiste à court terme, la situation financière des compagnies aériennes opérant depuis Roissy-CDG se détériore rapidement, compliquant leurs perspectives à moyen terme.
La question du financement des flottes, du renouvellement des appareils et de la transition vers des carburants durables d’aviation (SAF) devient plus difficile à résoudre dans ce contexte.
Pour l’écosystème économique du Val-d’Oise, qui dépend largement de l’emploi généré par la plateforme de Roissy — premier employeur du département —, les enjeux de cette crise dépassent largement le seul prix du billet d’avion.




