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Vitry-sur-Seine : polémique autour du projet de nouvel incinérateur

Un projet baptisé « Thermo-sur-Seine » prévoit la construction d’une nouvelle installation de combustion dans le secteur des Ardoines, à Vitry-sur-Seine.

 

Ce projet met en lumière de fortes tensions entre la Ville de Paris, la mairie de Vitry-sur-Seine, le Conseil départemental du Val-de-Marne et de nombreux riverains.

 

D’un côté, la Ville de Paris présente ce projet comme une étape nécessaire pour verdir le chauffage urbain de la capitale.

 

De l’autre, des collectifs, des élus locaux et le Département dénoncent un nouvel incinérateur imposé au territoire, avec des conséquences sanitaires et environnementales jugées insuffisamment étudiées.

 

Voici les principaux éléments de cette controverse.

 

L’origine du projet et les objectifs mis en avant par la Ville de Paris

 

Le projet s’inscrit dans une décision parisienne visant à transformer le réseau de chauffage urbain de la capitale.

 

Une décision liée au renouvellement du réseau de chaleur parisien

 

Le projet s’inscrit dans le cadre du renouvellement de la concession du réseau de chauffage urbain parisien, approuvé lors du Conseil de Paris le 17 décembre 2025.

 

Il est porté par la Ville de Paris, avec l’appui des élus Verts et EELV en charge du climat et du réseau de chaleur. L’emplacement prévu se situe dans le secteur des Ardoines, à Vitry-sur-Seine, sur le site de l’ancienne centrale thermique EDF.

 

Selon la Ville de Paris, l’objectif officiel est d’accélérer la transition énergétique et de décarboner le réseau de chaleur parisien, en atteignant 76 % d’énergies renouvelables.

 

Des combustibles issus du bois et du tri des déchets

 

L’usine prévue est conçue pour brûler du bois classé B ainsi que des combustibles solides de récupération, aussi appelés CSR, issus du tri des déchets.

 

Cette technologie est présentée par ses porteurs comme une alternative aux énergies fossiles pour chauffer les logements parisiens.

 

C’est précisément le choix de ce combustible, et la manière de le présenter, qui alimente une grande partie du désaccord avec les opposants au projet.

 

Les griefs des opposants et des riverains

 

La contestation rassemble des collectifs de riverains, une association locale, le Département et plusieurs élus municipaux.

 

Un territoire déjà chargé en installations polluantes

 

La contestation est portée par le Collectif 3R, l’association ACID Vitry, le Conseil départemental du Val-de-Marne, ainsi que plusieurs élus municipaux locaux.

 

Un premier grief concerne la surcharge du territoire : le Val-de-Marne héberge déjà trois incinérateurs importants, à Ivry-sur-Seine, Créteil et Rungis.

 

Le président du Département, Olivier Capitanio, dénonce un schéma dans lequel le Val-de-Marne servirait de terrain d’accueil pour des infrastructures polluantes décidées par Paris.

 

Des inquiétudes sanitaires et un manque de concertation dénoncés

 

Les opposants dénoncent aussi un possible impact sanitaire et environnemental, lié aux rejets de la combustion, notamment ceux des combustibles solides de récupération, à proximité immédiate de zones résidentielles et d’écoles récentes du quartier des Ardoines.

 

Selon eux, au moins 15 communes voisines, situées dans un rayon de 4 kilomètres, pourraient être concernées par les émissions des cheminées.

 

Il est également reproché à la mairie de Paris de ne pas avoir ordonné d’étude d’impact sanitaire indépendante avant de lancer le projet, et d’avoir voté la décision sans concertation préalable des élus départementaux ni consultation citoyenne en amont de l’appel d’offres.

 

Un débat qui divise fortement le monde politique local

 

Au-delà des arguments techniques, ce projet crée des lignes de fracture inhabituelles entre partis et entre niveaux de collectivités.

 

Des positions très différentes selon les collectivités

 

Le Département du Val-de-Marne, présidé par Olivier Capitanio et de sensibilité Les Républicains, a lancé une pétition officielle qui a rapidement dépassé les 8 000 signatures pour réclamer l’abandon pur et simple du projet.

 

La situation est plus délicate pour la mairie de Vitry-sur-Seine, dirigée par le maire communiste Pierre Bell-Lloch, accusé par l’opposition et par des collectifs citoyens d’un manque de clarté sur le sujet.

 

La municipalité a ouvert, à l’été 2026, une phase de consultation citoyenne, mais les réunions publiques se déroulent dans un climat tendu, une partie des habitants estimant qu’il s’agit d’une consultation de façade plutôt que d’une réelle prise en compte de leur avis.

 

Une position paradoxale pour les élus écologistes

 

La situation des élus écologistes est elle aussi pointée du doigt par les collectifs d’opposants.

 

Le projet a en effet été voté et défendu par les élus Verts et EELV au Conseil de Paris, au nom de la transition énergétique.

 

Mais au niveau local, dans le Val-de-Marne, plusieurs figures écologistes ont dû prendre leurs distances face à la contestation qui s’est développée sur le terrain, ce qui illustre bien la complexité politique de ce dossier, à cheval entre plusieurs échelles de décision.

 

Où en est la mobilisation aujourd’hui

 

La mobilisation contre le projet reste soutenue, avec des pétitions et des actions juridiques portées notamment par les maires des communes limitrophes, comme Maisons-Alfort, Alfortville ou Ivry-sur-Seine.

 

Des rassemblements réguliers et des manifestations intercommunales ont également été organisés par le Collectif 3R et par des partis politiques d’opposition. Sur le plan administratif, le marché de concession du réseau de chauffage ayant déjà été attribué par la Ville de Paris, la phase d’instruction d’urbanisme et d’autorisations environnementales se poursuit, tandis que les opposants étudient de leur côté d’éventuels recours administratifs pour tenter de stopper le projet.

 

Vitry-sur-Seine : le projet Thermo-sur-Seine au cœur de la polémique

Héloïse Pieragnoli

Diplômée de l’école de journalisme et de communication d’Aix-Marseille (EJCAM), Héloïse Pieragnoli a intégré par la suite la Google News Initiative, où elle a pu renforcer son écriture web. Aujourd’hui rédactrice pour La Gazette de l’Entrepreneur, elle est également bénévole au sein de La Chance, pour la diversité dans les médias. Une structure qui l’avait soutenu dans le passé, afin d’accomplir son projet professionnel.