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Aéroport de Roissy : saisies de viandes illégales (pangolin, singe…), les douanes alertent sur un risque sanitaire majeur

À l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, les agents des douanes font face à un phénomène en forte progression : l’introduction clandestine de viande de brousse dans les bagages des voyageurs.

 

Pangolins, singes, chauves-souris, pythons ou morceaux d’éléphant et de girafe — ces espèces sauvages protégées, transportées illégalement depuis l’Afrique ou l’Asie, représentent une menace sanitaire, écologique et juridique de premier ordre.

 

Les autorités douanières tirent la sonnette d’alarme et rappellent que seule une fraction infime de ce trafic est réellement interceptée.

 

Un trafic massif et sous-estimé : les chiffres alarmants des saisies à Roissy

 

Les volumes de viande de brousse saisis à Roissy-Charles-de-Gaulle ne cessent d’augmenter, révélant l’ampleur d’un trafic que les autorités reconnaissent elles-mêmes n’intercepter qu’en faible partie.

 

Les espèces découvertes, souvent protégées par les conventions internationales, témoignent de la diversité et de la bravoure des réseaux de contrebande.

 

  • 23 tonnes en 2023, 90 tonnes au terminal 2E en 2025 : une progression inquiétante

 

Les chiffres communiqués par les services douaniers illustrent une tendance préoccupante.

 

En 2023, les douanes ont intercepté 23 tonnes de viande illégale à l’ensemble de l’aéroport de Roissy. Au seul terminal 2E, les saisies de denrées périssables ont atteint 90 tonnes en 2025, un bond spectaculaire qui témoigne à la fois de l’intensification du trafic et du renforcement des contrôles.

 

Malgré ces résultats, les autorités estiment n’intercepter que 10 % du trafic réel, ce qui signifie que la majorité des marchandises prohibées passe inaperuçe à travers les contrôles.

 

  • Singes, pangolins, chauves-souris : un inventaire glaçant d’espèces protégées

 

Chaque semaine, les agents des douanes de Roissy découvrent dans les bagages des voyageurs des espèces animales parmi les plus vulnérables de la planète.

 

Têtes de singes, pangolins — dont certains spécimens peuvent valoir jusqu’à 1 300 € l’unité —, chauves-souris, morceaux de python, mais aussi des portions d’éléphant ou de girafe figurent régulièrement dans les saisies.

 

Ces espèces, transportées clandestinement pour alimenter des communautés diasporiques ou satisfaire des marchés spécifiques, sont pour la plupart protégées par les conventions internationales.

 

Ebola, bactéries, biodiversité : trois menaces majeures identifiées par les douanes

 

La Direction générale des douanes ne se contente pas de saisir : elle alerte sur les conséquences concrètes de ce trafic pour la santé publique et l’environnement.

 

Risques de zoonoses, absence de chaîne du froid et menace sur la biodiversité mondiale constituent les trois axes d’un danger que les autorités jugent très sérieux.

 

  • Zoonoses et virus Ebola : quand la viande de brousse devient vecteur de pandémie

 

Le premier et principal danger identifié par les autorités sanitaires est celui des zoonoses, ces maladies transmissibles de l’animal à l’homme.

 

La viande de brousse, notamment celle issue de primates ou de chauves-souris, est reconnue comme un vecteur potentiel de virus extrêmement dangereux, dont le virus Ebola, la peste porcine africaine ou la fièvre aphteuse.

 

Les denrées voyagent fréquemment sans aucune protection thermique, conditionnées dans des emballages sommaires parfois infestés d’insectes, ce qui favorise le développement de bactéries pathogènes et multiplie les risques de contamination, tant pour les passagers que pour les agents de contrôle.

 

  • Braconnage et convention CITES : un trafic qui menace les écosystèmes mondiaux

 

Au-delà du risque sanitaire, ce trafic représente une menace directe pour la biodiversité mondiale.

 

En encourageant le braconnage d’espèces protégées par la convention CITES — le traité international qui encadre le commerce des espèces sauvages —, ces importations illégales participent à l’épuisement de populations animales déjà fragilement équilibrées.

 

Le pangolin, par exemple, est considéré comme l’un des mammifères les plus braconnés au monde. Chaque saisie à Roissy représente donc bien plus qu’une infraction douanière : c’est un maillon visible d’un trafic international qui déstabilise des écosystèmes entiers.

 

Jusqu’à 3 ans de prison : les sanctions encourues et les conseils pour les voyageurs

 

Face à l’ampleur du phénomène, la réglementation française et européenne prévoit des sanctions particulièrement lourdes pour les contrevenants.

 

Les douanes rappellent également aux voyageurs les règles à respecter pour éviter toute mésaventure à l’arrivée en France.

 

  • 3 ans d’emprisonnement et amende doublée : un délit pénal à ne pas sous-estimer

 

Le transport de marchandises animales prohibées constitue un délit pénal en France.

 

Les sanctions encourues sont particulièrement sévères : jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et une amende pouvant atteindre le double de la valeur de la marchandise saisie.

 

Ces peines s’appliquent indépendamment de la quantité transportée ou de l’intention déclarée du voyageur. La simple ignorance de la réglementation ne constitue pas une excuse légale recevable devant les tribunaux.

 

  • Voyageurs : les bons réflexes à adopter avant de passer la douane

 

Les douanes françaises rappellent à tous les voyageurs l’importance de se renseigner en amont sur les denrées autorisées à l’entrée sur le territoire français et européen.

 

Un guide officiel de la Douane française sur les aliments en voyage est disponible pour orienter les passagers. En cas de doute, il est fortement recommandé de ne pas transporter de produits d’origine animale non conditionnés industriellement.

 

La vigilance collective est une condition indispensable pour réduire un trafic que les seuls contrôles douaniers, même renforcés, ne peuvent endiguer seuls.

 

Viande de brousse à Roissy : un trafic illégal aux lourdes conséquences

Héloïse Pieragnoli

Diplômée de l’école de journalisme et de communication d’Aix-Marseille (EJCAM), Héloïse Pieragnoli a intégré par la suite la Google News Initiative, où elle a pu renforcer son écriture web. Aujourd’hui rédactrice pour La Gazette de l’Entrepreneur, elle est également bénévole au sein de La Chance, pour la diversité dans les médias. Une structure qui l’avait soutenu dans le passé, afin d’accomplir son projet professionnel.